Pierre
Bougrat est né le 27 novembre 1889 à Annecy. Valeureux combattant de la
Grande Guerre, blessé à plusieurs reprises, il est fait chevalier de la
légion d'honneur. Médecin comme son père, il ouvre un cabinet de médecine
générale à Marseille. Marié, mais volage, fêtard, il dilapide son argent au
jeu, dans les boîtes de nuit, où il s'affiche avec de nombreuses conquêtes.
Son épouse, lasse de cette turbulente vie obtient le divorce. Seul, Bougrat
continue sa trépignante vie, et bientôt, ses finances lui font défaut,
d'autant plus que la clientèle se son cabinet s'amenuise. Des chèques sans
provisions commencent à inquiéter les banquiers. Ses amis l'ont abandonné.
Jacques Rumèbe connu au front, est un des rares à le côtoyer, et lui rend
régulièrement visite en tant que patient.
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En
effet, Rumèbe a été gazé pendant la guerre, et le Docteur Bougrat lui
administre des calmants par injection, ou, peut être Rumèbe était toxicomane,
et Bougrat par amitié, lui procurait sa drogue.
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Rumèbe
travaillait comme comptable dans une entreprise et par sa fonction était chargé
du convoyage des fonds. Le 14 mars 1925, comme à son accoutumée, Rumèbe a
recours aux services du médecin.
Dans
l'après midi il revient et, prétend s'être fait dérober par sa maîtresse
pendant sa sieste la sacoche qui contenait le montant de la paie des ouvriers.
Il supplie le docteur Bougrat de l'aider. Celui-ci sort dans l'intention de
réunir la somme qui permettrait de sauver le comptable. Il revient bredouille,
mais découvre que son ami est mort. Affolé, le médecin camoufle le cadavre dans
un placard. Qui aurait cru que le docteur Bougrat, acculé par les dettes était
innocent, et qu'il n'a pas profité de la situation pour injecter un poison
mortel à Rumèbe et s'emparer de l'argent que contenait la sacoche.
Plusieurs
jours après, Bougrat est arrêté non pas pour crime car celui ci n'est pas
encore découvert, mais pour escroquerie et chèques sans provision. Il est emprisonné.
Pendant ce temps, la famille de Rumèbe inquiète de sa disparition, fait appel à
la police, ainsi que son employeur, et l'on pense que celui ci s'est enfui avec
l'argent. Par principe, la police répertorie ses fréquentations. Dans celles ci
figure le docteur Bougrat. Une lettre anonyme adressée à la police accuse
Bougrat. Alertée aussi par les voisins incommodés par l'odeur pestilentielle
qui provient du cabinet médical, la police perquisitionne et découvre le
cadavre de Jacques Rumèbe.
Au
cours de son interrogatoire Bougrat s'embrouille dans ses déclarations et donne
plusieurs versions contradictoires des faits. Les experts eux, concluent à un
accident. Le 29 mars 1927, les jurés de la cour d'assise d'Aix en Provence,
condamne le médecin aux travaux forcés à perpétuité. Il ne devra la vie sauve
qu'à sa légion d'honneur. Il est expédié en Guyane en 1928. Les médecins au
bagne sont rares, il est donc tout naturellement affecté à l'hôpital de St
Laurent, où il bénéficie d'une confortable vie. Le 30 août 1928, Bougrat, en
blouse quitte l'hôpital et rejoint au bord du fleuve Maroni sept autres
prétendant à une évasion mise au point avec la complicité d'un spécialiste
local en évasion. Parmi ces hommes figurait Guillaume Seznec. Celui ci à sa
demande sera débarqué sur les côtes du Surinam.
Après
un périple d'une douzaine de jours, l'embarcation accoste au Venezuela. Là, le
Docteur Bougrat, offre son savoir au service de la médecine locale. Il est le
bienvenu car une épidémie de grippe secoue le pays. Avec dévouement il soigne
les malades qui le surnommeront " docteur miracle ". La France qui a
eu connaissance de sa destination demande aux autorités du Venezuela son
extradition ainsi que celle de ses compagnons. Seul Bougrat bénéficiera de la
clémence du Venezuela et sera autorisé à y résider. Les autres seront rapatriés
en Guyane.
Peu
après s'étant totalement inséré au pays, marié et père de deux filles il
s'installe dans l'île Margharita et y ouvre une petite clinique privée. Gracié
par la France, il refuse d'y retourner. Il décède en 1962 à l'âge de 72 ans.
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