--> Bagne de Guyane: Histoire

Histoire du Bagne de Guyane

 

Avec la collaboration de J.P. Baucheron - Josette GL - Marielle Thouvenin - Paul Jadin - Sylvain Sankalé - Philippe P.L. de Ladebat - Gilbert et Marcel Gonthier – Michel Moracchini – Denis Vuillaume - Paul Jadin

 
Le Bagne
   
 
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Copie  d’une  lettre de  Mr Flotteau (1) vicaire  de  Beveren  près  Roesbrugge.

Dialecte    d’Ypres,  écrite   de  Cayenne  à  son frère le 28 8 ber [octobre] 1798 (2)

Avec l'aimable autorisation de la Revue d'Histoire Religieuse du Brabant Wallon

Chaussée de Bruxelles 65 a B1300 Wawre. Belgique.

chirel@bw.catho.be.

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Cher frère,

Nous partimes de Rochefort le 1 d’aoust 1798 et nous arrivames à une lieu [sic] de Cayenne le 27 7 bre [27 septembre]. Le 8 8bre [octobre] nous entrames au port ou je pris logement avec quelques francois et flamands pour me faire guerir d’une inflammation dans le sang qui s’est montrée en dehors et rampli mon Corps comme d’une espèce de dartre. Ce mal n’est pas mortel, mais paroit difficile à guerir dans ces climat brulans. Nous sommes ici entre le 4e et 5e degré de la ligne et le soleil passe deux fois l’année droit au dessus de nous. Cette inflammation au dire des medecins est occasionné par les feves qui etoient notre unique nourriture sur le vaisseau et par le peu de repos que nous pouvions prendre etant tous avec un monde considerable et assis au fonds du vaisseau sur des toiles tendues. Je me suis a l’instant fait saigner par deux fois, j’ai pris un vomitif et 4 medecines pour Eteindre l’inflammation. Actuellement je prend soir et matin tous les jours les eaux de la mer. Je vous prie en grace, cher frere, de faire des efforts pour obtenir, s’il est possible ma délivrance, si non je prendrai patience. Tous nos flamands sont partis pour Canamanna a 25 lieues d’ici ou environ ou [où] le gouvernement leur a fait construire des cabanes et ou [où] ils demeurent 24 dans chaque cabane.

Le ris (" Oryza ce mot au singulier veut dire une sorte de plante que quelques uns prennent pour une espèce de froment et d’autres pour une manière de légume. Le ris pousse un tige d’une coudée, au haut de laquelle est son épi plein de grain ovale et blanc lors qu’il est émondé. Ris graine de ris qui étant cuite avec du lait de vache resserre le ventre et nourrit médiocrement. Oryza  Rys. ") Le taffiat et le lard salé voila notre nourriture. Leurs litterien [literies] consistent en coupons de toile.

Ils espèrent de pouvoir aller a Synamaris ou ils pourront se procurer un peu d’argent. Mr Reyphens a été trouvé mort le 22 août, quelques jours avant il s’étoit plaint d’une légère indisposition. Plusieurs autres prêtres sont morts en voyage. Tout le tems de notre traversée a été calme, et notre vaisseau La Bayonnoise a pris deux vaisseaux marchands anglois. La Vaillante partie quelques jours avant nous et qui portoit une quarantaine d’éclesiastiques n’est point arrivée ici. Parmi les prêtres qui se [s’y]  trouvoient,  sur la décade [en dix jours] il y en a une partie de morts et plusieurs malades. Mr. d’havelange recteur magnifique de l’université de Louvain et Mr. kerckhoven sont mort ici a l’hôpital ainsi que collot d’herbois. Barthelemi, pichegru et plusieurs autres déportes sont évadés. Il ne nous est pas permis de sortir de Cayenne, nous sommes obligez de rester à l’écart. Si vous m’écrivez, adressez votre lettre à l’hôpital de Cayenne ou a la supérieure a qui je donnerai mon adresse avant mon depart.

Je ne pourrai conseiller a personne de venir dans ces contrée qui ne produisent que des orangers ""citrus aureola petit arbre qui porte des oranges, qui demeure toujours verd aiant les feuilles lisses, épaisses, odorantes, et finissant en pointe et portant des fleurs blanches et odoriférantes " et autres fruits semblables : elles produisent encore du manioque " sorte de racine des indes occidentales dont on fait du pain qu’on appelle Cassave qui sert de pain. J’ai été 70 jours sans sortir de mes habits. Vous pouvez vous imaginer combien nous avons souffert : il ne m’est pas permis de détailler toutes nos autres misères, mais je ne m’étonne pas que le gouvernement regarde la deportation comme la plus grande peine. C’est une mort lente et cruelle. Nos mérites seront grands, si dans notre innocence nous supportons tous nos maux avec resignation. Je prierai toujours dieu pour mes paroissiens aux prières desquels je me recommande. Je t’acherai [tâcherai] de m’accoutumer au climat. Je désepere point encore de vous voir un jour et de vous embrasser.

 

Cayenne 28 8bre [octobre] 1798.  etoit signé flotteau.(3)

 

(1) Le copiste s’est trompé dans l’orthographe du nom : il s’agit de Flotteeu.

(2) Pour cette lettre, on a respecté l’orthographe de la traduction originale faite par le copiste telle qu’elle figure dans le cahier ; pour la lisibilité, la ponctuation et les alinéas ont cependant été multipliés. Flotteeu fait partie du même transport que Moons  et de Neve.

(3) Sous cette traduction la note suivante d’une autre écriture au crayon gras: “  son évasion – voir la Persécution religieuse par Aug. Thys ”. [THYS Augustin, La persécution religieuse sous le Directoire exécutif (1798 – 1799) un vol. in 8°, Anvers 1899, éd. Kennes.]

 
 
   

© 2001-2005 Guy Marchal