Iles du Salut
5 mai 1912
Monsieur le Procureur
Général
Le 7
novembre 1911, je vous envoyais une lettre dans laquelle je vous disais que
je ferais payer cher au Commandant Jarvay les trente jours de cachot qu'il
m'avait mis pour un quart de café ou plutôt d'eau chaude.
Voici
le bilan de six mois de cachot et jugez si j'ai tenu parole. J'ai adressé
quarante trois lettres aux autorités supérieures sans compter celles envoyées
au Commandant Jarvay. J'en ai provoqué dix sept de la part de mes co-détenus.
J'ai
lacéré une couverture, trois complets entièrement, j'ai écrasé quatre
gamelles, mis hors d'usage vingt trois baquets à vidanges qui étaient
défectueux.
J'ai
lacéré partiellement une cinquantaine de complets en y enlevant le bas des manches
et la bordure vareuses sur une longueur de dix centimètres et le bas des
pantalons sur une largeur de quinze centimètres, cela pour satisfaire à des
besoins de propreté. Je n'ai jamais été inquiété pour ces sabotages que le
répondant a atténué de son mieux.
J'ai
fait user quelques belles mains de ce papier qui est si cher au commandant
Jarvay et à son aide de camp Capy. Je leur ai mangé pas mal de temps ; Je me
suis payé leurs têtes, je es ai bluffé, je les ai alarmé, bref je les ai mis
sur les dents de longs mois.
J'ai
eu un influence salutaire sur mes co-détenus en les incitant à se révolter
quand il y avait lieu en y réussissant et en obtenant les résultats que je
voulais.J'ai opéré de multiples changements dans les locaux disciplinaires.
J'y
ai fait prévaloir mes quatre volontés Etc, Etc, Etc…….
|